STATION DE SAUVETAGE

île de BATZ
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Le Pilote "Yves Trémintin"

     Yves Trémintin est né à l’île de BATZ le 17 février 1778. Il était le fils de Toussaint Trémintin, marin pêcheur, et de Jeanne Bescond.
     Il apprit à lire chez un vieux maître qui réunissait plusieurs enfants dans sa maison pour quelques sous et menus cadeaux de ses parents, comme cela se faisait dans les campagnes à l’époque. Il n’avait eu qu’une instruction primaire mais il y remédia par la suite par de nombreuses lectures.
     A 14 ans, le 25 octobre 1792, il embarque comme mousse sur la frégate « La RESOLUE ». Pendant cinq ans, il navigua sur toutes les mers du globe. Il fera même naufrage deux fois, en 1793 et en 1794 ! Le 30 mars 1797, il est fait prisonnier par les Anglais. Il est alors incarcéré sur les terribles « pontons » jusqu’en mai 1802.
     Marin dans l’âme, il reprit néanmoins du service. En 1806, il est admis à commander des bâtiments de commerce destinés au petit cabotage comme le brick « Sophie ». Suivis ensuite de nombreux embarquement, y compris comme corsaire sur le bâtiment « Amitié ».
     Il navigua ainsi jusqu’en 1823. A partir de cette date, il exerça les fonctions de pilote côtier sur des bâtiments de l’Etat. En cette qualité, il pris part à la campagne de Méditerranée. La Grèce, alors sous domination turque, s’était soulevée en 1821. Ses efforts héroïques attirèrent l’attention et l’admiration de l’Angleterre, la Russie et la France qui s’unirent pour lui porter secours en 1826.
     Participant à cette guerre comme pilote de la Corvette « La Lamproie » sous les ordres de l’enseigne de vaisseau Bisson, on captura le brick pirate « PANAYOTI » avec à son bord 70 coquins de la pire espèce. Et ce fut le drame…
     Alors que l’équipage avait cherché abri contre la tempête aux abords de l’île de Stampila, le brick fut abordé par des brigands désireux de récupérer la prise de guerre. Pris au piège, l’enseigne de vaisseau Bisson donna l’ordre de faire sauter le navire plutôt que de le voir tomber aux mains de l’ennemi. Auparavant, il adjura Yves Trémintin de se sauver. « Je préfère ne pas vous quitter » répliqua le pilote.
     Plus heureux que son capitaine et qu’une bonne partie de l’équipage, il survécut à l’explosion. Le pied fracassé, il parvint malgré tout à s’accrocher à une épave. Recueilli le lendemain par des pilleurs d’épave, il fut soigné et put rentrer en France.
     Informé de sa conduite, le roi Charles X décida de le nommer Chevalier de la Légion d’Honneur et le décora lui-même en janvier 1828. Pour lui marquer leur respect, les îliens l’appelèrent dès ce moment « An Aoutrou Chevalier » !

     Cependant, ses blessures l’obligèrent à quitter le service. Il se retira alors à l’île de Batz où il se fit construire une maison au Rhû. Il décéda brusquement le 3 juin 1862, à l’âge de 85 ans.
 

     La famille de Jean Hulot, Capitaine au long cours et beau-fils de Yves Trémintin, conserva les épaulettes d’Enseigne la Croix et l’Epée de Chevalier de la Légion d’Honneur. Aujourd’hui, on peut encore voir ces souvenirs au Musée de la Marine Nationale, à Paris.

     Une scène du vitrail principal de l’église « N. D. de Bon Secours » rappelle encore au passant cet épisode héroïque de l’histoire d’un « îlien ordinaire »…
 
 

Texte rédigé à partir d’un récit de Jeanne Plassart et d’une version de notre ami Louis Priser